Île du Levant

Ile du Levant

Naturisme : l’utopie du dépouillement

L’Île du Levant a Quatre-vingt-six ans, après sa fondation par les frères Durville, Héliopolis reste le sanctuaire d’un naturisme « pur et dur ». Notre visite à l’île du Levant a été l’occasion de sonder les héritiers d’une pratique que certains font remonter à l’Antiquité grecque.
île du levant naturisme via PFL Fréjus

« Oui, le Levant est un paradis, mais ça se mérite ! » Sec et musclé comme un discobole grec, Maximiliano s’éponge le front sous un soleil aveuglant. Ici, à Héliopolis, le premier domaine naturiste européen fondé en 1931 par deux frères médecins hygiénistes, André et Gaston Durville (fils d’un célèbre magnétiseur), on ne se protège pas vraiment du soleil. Ni indice 50 ni filtres UV qui tiennent : à peine un paréo (facultatif) pour remonter à la petite place du village. La parure polynésienne est la seule tolérée. Et encore ! Pour cet ancien fonctionnaire de Monaco, qui porte beau ses 72 ans et habite l’île du Levant depuis une dizaine d’années, « seulement 5% de l’humanité mérite la planète ». Le pionnier a mal à son île. Pour lui, Héliopolis doit rester avant tout une « cité rustique », proche de la nature. Rien à voir avec « ceux qui pratiquent la nudité aujourd’hui avec le mobile, le piercing et la piscine… »

Ce qui frappe le plus lorsqu’on aborde, pour la première fois, l’île du Levant, au large du Lavandou et à 800 mètres du Parc national de Port-Cros (le paradis des plongeurs du monde entier), c’est le chant assourdissant des cigales. Ni klaxons ni moteurs pétaradants. Tout juste le babillage des oiseaux au petit matin. Attablés sur une terrasse où le panorama est digne de la baie d’Halong (version méditerranéenne), les trois quinquas à l’esprit serein qui ont récemment décidé de « changer de vie » pour s’installer à Héliopolis sont loin de le regretter. Pratique individuelle hédoniste ? Contre-culture nostalgique ou culte du corps à la scandinave ? « Pour nous, le naturisme est surtout un rempart : cela nous préserve d’une urbanisation et d’une banalisation galopante », confie Gilles Goiset, président de l’Union des commerçants du soleil levant. Comme ses amis Jean-Michel et Alain, qui ont lâché leur restaurant de la rue Quincampoix, à Paris, il a décidé de tout abandonner, y compris son activité de vente de partitions de musique à Paris, pour ouvrir un hôtel à Héliopolis, passé le cap de la cinquantaine. « Le grand saut en vaut la peine », assure ce quinquagénaire bronzé au sourire de Richard Gere. « Les frères Durville étaient des visionnaires. Ici, il y a une forme de liberté. On ne vit pas nu douze mois sur douze », ajoute Alain en feuilletant un vieux grimoire où sont réunies les archives de la revue Naturisme des frères Durville dont il a hérité. Généralement, Albert et Christiane Lecocq, cofondateurs de la Fédération française de naturisme (FFN), sont considérés comme les principaux inspirateurs du mouvement naturiste français, à travers la création, en 1949, du Centre héliomarin de Montalivet, en Gironde, qui accueille encore plus de 12 000 personnes en haute saison.

Le mythe du « bon sauvage »

Déjà, au début des années 20, l’aristocrate breton Marcel Kienné de Mongeot et Yvan de Laval, initiateurs de la gymnosophie thérapeutique (la sagesse du corps) – mouvement qui compta avant-guerre en Europe près de 6 millions de pratiquants – avaient créé le Sparta Club, premier club naturiste en France, dans leur propriété de l’Eure. Mais c’est bien sur la petite île du Levant qu’est née, en 1931, la première « colonie » naturiste offerte aux « investisseurs (naturistes) avisés ». « À Héliopolis, les naturistes du monde entier, riches ou pauvres, intellectuels, bourgeois, rentiers, employés, ouvriers… viendront fraterniser, au cours de leurs vacances, cordialement unis dans le même idéal », vante, à l’époque, la première campagne de publicité des frères Durville. Sans doute un peu naïve, l’idée que le naturisme est un moyen de gommer les différences de classes et de se débarrasser des oripeaux de la mode – au moins le temps d’un séjour dans la nature – n’est pas totalement fausse. Au sein du « nudarium » du Sparta Club de Kienné de Mongeot, l’idée était de se dépouiller de ses vêtements pour « se défaire de son appartenance au monde civilisé, à ses codes et à ses hiérarchies, pour faire l’expérience d’une sauvagerie innocente et policée ». Ne pas oublier que c’est au xviiie siècle, celui des Lumières, que le corps recouvre ses lettres de noblesse. « Le port des vêtements est une des causes, non des moindres, de notre dégénérescence. Il nous fait perdre l’aisance des gestes, le goût des gestes. Nous marchons mal, nous courons mal, nous ne courons plus parce que nous sommes vêtus », déplore l’aristocrate breton qui veut s’inscrire dans la continuité de la pensée des Lumières. Une sorte de version moderne du mythe rousseauiste du « bon sauvage » à la sauce hygiéniste. Le naturisme devient une utopie à portée de main.

Paradoxe : l’île du levant est une zone militaire à 90%

C’est une île équipée comme un croiseur de la marine. À quelques encablures du Lavandou, l’île du Levant est un centre d’essai de la direction générale de l’armement. Dans la salle de commandement, c’est le branle-bas de combat. Nous allons assister à l’entraînement des marins du Jean Bart, une frégate de la marine française positionnée au large.Depuis l’île, un missile représentant un ennemi va être tiré. À 900 km/h, il faut moins de 3 minutes pour que cette menace aérienne arrive aux abords du Jean Bart. Cette partie est interdite au public ; pas de touristes. Le petit port est protégé des coups de mer par des vieux bâtiments militaires. Ils sont plus de 300 à investir l’île pour faire fonctionner le centre d’essai.

L’Île du Levant : Un lieu d’expérimentations militaires

Île du Levant via PFL Fréjus zone militaire missiles

L’ingénieur général François-Xavier Dufer explique : « C’est une vraie vie en communauté, avec des gens de très haute compétence, mettant en œuvre des moyens extrêmement spécifiques qu’on ne devine pas forcément derrière l’image de carte postale de cette très belle île qu’est l’île du Levant. »

L’île a été achetée en 1872 par le ministère des armées : seule trace civile, un cimetière qui raconte qu’une centaine d’enfants sont morts dans une colonie pénitentiaire. Dans les années 1960, ce territoire a été sanctuarisé pour permettre l’expérimentation de nouveaux missiles français.

 

 

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